Ci-dessous, une interview du Dr. Santiago Veiga Fernandez à propos de l’analyse de l’ondulation chez les nageurs d’élite : Les nageurs les plus rapides passent-ils plus longtemps sous l’eau que les nageurs les plus lents aux Championnats du monde ?

 

1. Votre récente étude vise à analyser les ondulations des nageurs les plus rapides aux Championnats du monde 2013. Vos résultats pourraient surprendre nos lecteurs, pourriez-vous décrire ce que votre équipe de recherche a trouvé ?

Nous voulions vérifier si les nageurs les plus rapides réalisaient de plus longues distances sous l’eau que les nageurs les plus lents au niveau élite.

Jusqu’à présent, les résultats des Jeux olympiques de Sydney de 2000 suggéraient que les débutants et les nageurs les plus rapides parcouraient de plus longues distances sous l’eau.

Cependant, au cours des dernières années, une augmentation générale des distances de départ et de virage des nageurs de compétition a été observée, indépendamment de leur expertise (Veiga, Cala, Frutos et Navarro, 2014).

Nos résultats lors des Championnats du monde de natation de 2013 (Veiga, Roig et Gómez-Ruano, 2016) ont révélé que les nageurs les plus rapides parcouraient de plus longues distances lors d’événements spécifiques, en fonction de la distance et de la course.

Par exemple, dans les épreuves de crawl, les nageurs les plus rapides n’ont pas parcouru de plus longues distances sous l’eau.

De plus, dans les épreuves de 100m brasse, les champions se caractérisaient par une nage plus rapide lorsqu’ils étaient sous l’eau mais qu’ils ne passaient pas plus longtemps sous l’eau.

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Par contre, lors des courses de 200 m, les nageurs d’élite ont parcouru de plus longues distances sous l’eau, en particulier lors du dernier virage des courses de papillons et de dos. Cela leur a procuré des améliorations de temps cruciales pour le résultat final de la course.

 

2. Que pensez-vous des résultats sur courte distance (dans un bassin en yard et en mètre) ?

Ce serait très intéressant à vérifier et je pense que les résultats pourraient être en adéquation avec ceux d’une piscine avec des dimensions olympiques.

Probablement, les meilleurs nageurs sous l’eau (en termes de plus grandes distances avec leurs coups de pied de dauphins sous-marins) auraient un avantage certain sur les épreuves de papillon et de dos, car ils nageraient probablement plus rapidement sous l’eau qu’à  la surface.

Le point clé pour ces nageurs serait de maintenir des distances sous l’eau dans les derniers virages de la course (avec fatigue). En brasse, le point clé serait probablement un mélange de longues distances (liées à de bonnes capacités de glisse) et de vitesses plus rapides sous l’eau (liées à une bonne coordination entre les bras et les jambes… rappelez-vous que les bras entrent en action dans un premier temps, puis les jambes, et pas les deux en même temps !).

Enfin, les spécialistes du crawl bénéficieraient probablement de vitesses sous-marines plus rapides, quelles que soient les distances sous-marines, car ils seraient probablement plus rapides en surface que sous l’eau.

 

3. Vous mentionnez l’individualisation pour déterminer la performance des ondulations. Comment un nageur ou un entraîneur peut-il décider si un nageur doit incorporer l’ondulation dans sa nage ?

L’important est de toujours maintenir une vitesse supérieure sous l’eau que celle de la surface. Par conséquent, les entraîneurs devraient prendre en compte la capacité de l’ondulation de leurs nageurs en termes de vitesse.

Vous pouvez mesurer les vitesses de 25 m de vos nageurs lors d’un sprint départ plongé avec ou sans la limite de 15 m pour la distance sous l’eau, puis comparer. Vous voudriez probablement vérifier que les nageurs sur le dos pourraient atteindre 105% de leur vitesse «légale» (on ne prend pas en compte ici la ligne des 15m) en nageant complètement sous l’eau.

Vous constaterez également que les nageurs de papillon et de nage libre pourraient nager sous l’eau à un rythme respectif de 95% et 90%, respectivement, d’un sprint départ plongé «légal» (Villanueva, 2010).

Les entraîneurs pourraient utiliser ces références pour déterminer si leurs nageurs pourraient atteindre des vitesses moyennes plus élevées en utilisant les ondulations lors des coulées.

 

4. Pensez-vous que les ondulations sur une longue distance soient à privilégier sur 100m en Crawl (c’est-à-dire jusqu’à la marque des 15 m au 100 m libre) ? Pourquoi ou pourquoi pas.

Je suis tout à fait convaincu que les ondulations sont nécessaires dans les courses de 100 m nage libre. Nous avions étudier les performances de Mckevoy sur un 100 NL qu’il a réalisé en 47’04s lors de cette performance sa coulée après le départ était de (11,49 m) et sa coulée après son virage de 8,09 m.

Ce qui représente des distances plus longues que la moyenne des nageurs élites (les finalistes des Championnats du Monde 2013 au 100 m nage libre ont parcouru respectivement, 10,47 m et 6,92 pour les distances de départ et de virage).

Il y a quelques années, seuls quelques spécialistes de papillon participant à des épreuves de nage libre (Michael Klim ou Michael Phelps) ont nagé de longues distances sous l’eau dans des courses en crawl, mais cela changera probablement dans un avenir proche.

 

5. Les ondulations ont connu une forte progression au cours des 20 dernières années en natation; Imaginez-vous d’autres grandes avancées dans ce sport dans les 20 prochaines années ?

Je pense que la progression due aux ondulations lors des coulées est toujours en cours. Les résultats des championnats du monde indiquent que même les nageurs élites ne profitent pas de la limite de distance de 15 m car ils sortent plus tôt et aussi parce qu’ils perdent de la distance sous l’eau à mesure que la course progresse (0,6 à 0,8 m à chaque longueur sur une épreuve de 200 m, en moyenne) (Veiga et Roig, 2016).

Par conséquent, je pense qu’il y a encore de la place à des améliorations au niveau élite sur cet aspect. Si vous constatez que les nageurs de dos des Championnats du Monde pourraient améliorer leurs temps au 200 m d’environ 1% en augmentant leurs distances sous l’eau de 1 à 2 m sur les virages (tout en maintenant le même rythme) (Veiga, Roig et Gomez-Ruano, 2016)… on peut se rendre compte à quel point les nageurs élites peuvent améliorer cela.

De plus, nous devons prendre en compte le fait que les jeunes nageurs seront probablement beaucoup plus compétents pour nager sous l’eau à moyen terme.

De nombreux entraîneurs ont mis en place leurs programmes d’entraînement ces dernières années pour renforcer la préparation sous-marine des ondulations (peut-être pas aux États-Unis où les nageurs sont habitués à concourir dans des bassins en yard, mais probablement dans d’autres pays). Par conséquent, nous pouvons toujours nous attendre à de meilleures performances en natation lors des coulées, lorsque ces jeunes nageurs progressent vers le niveau élite.

 

6.Quelles sont les futurs recherches à prévoir sur les ondulations ?

Au cours des dernières années, plusieurs recherches ont été menées sur les paramètres biomécaniques de l’ondulation (symétrie (Atkinson et al., 2013), amplitude (Houel et al., 2013), fréquence (Shimojo et al., 2014), profondeur (Tor et al., 2014), la dynamique des fluides  (Cohen et al., 2012), etc.), mais aussi sur les mouvements qui précèdent tels que le plongeon ou la poussée lors des virages.

Je pense que les entraîneurs et les nageurs doivent en savoir plus sur les effets de l’ondulation lors des coulées sur les éléments suivants :

1) la transition de la nage sous-marine à la nage en surface

2) les paramètres de nage en surface après immersion.

Dans cette perspective, notre équipe de recherche est sur le point de présenter une nouvelle étude dans le journal Sports Biomechanics qui examine les effets des performances de départ et de virage sur les paramètres qui précèdent la coulée.

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References

  1. Atkinson, R.R., Dickey, J.P., Dragunas, A., & Nolte, V. (2014). Importance of sagittal kick symmetry for underwater dolphin kick performance. Human Movement Science, 33, 298–311.
  2. Cohen, R. C. Z., Cleary, P. W., & Mason, B. R. (2012). Simulations of dolphin kick swimming using smoothed particle hydrodynamics. Human Movement Science, 31, 604–619.
  3. Houel, N., Elipot, M., André, F., & Hellard, P. (2013).  Influence of Angles of Attack Frequency and Kick Amplitude on Swimmer’s Horizontal Velocity During Underwater Phase of a Grab Start. Journal of Applied Biomechanics, 29, 49-54.
  4. Shimojo, H., Sengoku, Y., Miyoshi, T., Tsubakimoto, S., & Takagi, H. (2014). Effect of  imposing changes in kick frequency on kinematics during undulatory underwater swimming at maximal effort in male swimmers. Human Movement Science, 38, 94-105.
  5. Tor, E., Pease, D., & Ball, K. (2015). Comparing three underwater trajectories of the swimming start. Journal of Science and Medicine in Sport, 18, 725-729.
  6. Veiga, S., Cala, A., G. Frutos, P., & Navarro, E. (2014). Comparison of starts and turns of national and regional level swimmers by individualized-distance measurements. Sports Biomechanics, 13, 285–295.
  7. Veiga, S., & Roig, A. (2016). Underwater and surface strategies of 200 m world level swimmers. Journal of Sports Sciences, 34, 766-771.
  8. Veiga, S., Roig, A., & Gómez-Ruano, M.A. (2016). Do faster swimmers spend longer underwater than slower swimmers at World Championships? European Journal of Sport Science, DOI: 10.1080/17461391.2016.1153727.
  9. Villanueva, L. (2010). Kicking training. Royal Spanish Swimming Federation.