David Briand – Dans la tête du champion du monde des 48 h de natation

David Briand a réussit l’exploit de nager 105 km en 48h avec à la clé un record du monde ! Fort d’un mental hors du commun et détenteur d’un palmarès qui l’est tout autant, David nous fait l’immense honneur de répondre à mes questions dans cette interview. Il va nous raconter comment il s’est préparer à battre son record.

Son terrible accident qui a failli lui couter la vie à lui et son ami Cyril Blanchard. Son avenir. Découvrez cette interview remplie d’émotions, de joie et de performances !

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Bonjour David peux tu te présenter et nous dire qui tu es et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour à tous j’ai 42 ans, passionné de sport depuis mon enfance j’aime repousser les limites dans l’ultra longue distance en natation et en course à pied.Je suis de la région lyonnaise près des Mt d’or mon terrain d’entrainement. Une petite vie tranquille un travail en 3×8 avec des horaires contraignantes mais me permettant d’avoir beaucoup de temps libre. Un choix de vie ou je privilégie les loisirs, pouvoir partir en lac, en rivière ou en montagne le plus souvent possible, je préfère cela à du matériel partout dans mon appart à une belle cuisine tout équipée.

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À quel âge as-tu commencé le triathlon et comment t’es venu l’envie ?

J’ai commencé le triathlon à l’âge de 15 ans jusqu’à mes 30 ans ; mon papa m’a donné ce gout de l’effort sans prise de tête de classement juste le plaisir ! Je le suivais à vélo pendant ses préparations marathon pour rien au monde je n’aurais loupé un dimanche. Puis il s’est mis au triathlon c’était nouveau comme sport, les casques en  bol, les cintres cornes de vaches, les cadres plongeant et les tenues fluo ! On le suivait avec ma mère et ma sœur à la jumelle en natation de peur qu’il se noie avec sa combinaison de planche  à voile. Puis à l’âge de 15 ans je me lance surmon premier triathlon promo avec lui. Je prends gout au tri arrêtant même mon premier emploi pour me consacrer une année à cette passion pour n’avoir aucun regrets plus tard et me dire que si j’avais fait que ça j’aurais été bon … malgré des grosses doses d’entrainements je n’ai jamais été suffisamment fort.

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Peux-tu nous présenter ton parcours, tes records ?

Arès 15 ans de  triathlon je change complètement de distance et me consacre uniquement à mon point faible à pied sur ultrafond, plusieurs podiums sur 24h sans jamais pouvoir atteindre cette distance de 200km Puis trois 6 jours non stop sur un circuit de 1 km en atteignant les 600 km j’étais à mon maximum ça ma forger un mental d’acier. Une belle participation au marathon des sables puis une belle leçon sur le Tor des géants 338 kms avec 24000D+ j’ai visé haut. Trop !

En complément de ces épreuves je m’alignais sur de nombreux 24 h natation avec peu d’entrainement les mois précédents juste avec le mental car un 24h à pied est tellement plus exigeant à celui de la natation que je savais que je tiendrais, maintenant le niveau a pris un bon et pour faire un podium il faut s’accrocher.

Puis je tente l’impossible pour un non nageur 48h en bassin pour la bonne cause avec un joli record.

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Avant ton accident quel était ta fréquence d’entraînement ?

Je suis un boulimique de l’entrainement j’aime courir longtemps ou nager des heures en rivière par passion et parce que j’ai besoin de m’évader c’est indispensable. Je ne cache rien, je m’entraine beaucoup et si je ne suis pas performant sur une course je n’ai pas d’excuse je suis à mon niveau.

Très solitaire par exemple 3 semaines  avant mon accident je suis parti en voiture  à 3h du matin et arriver au lac d’Annecy j’ai mis la frontale puis fais un tour du lac puis 2 puis 3  soit 130 km comme ça sans rien prévoir rien organiser c’est mon kiff.

Je m’entraine pour progresser aussi avec le team trailleurs des mt d’or et le groupe des nageurs fous je ne suis pas un sauvage quand même ! Mon entrainement favori partir nager à contrecourant en rivière attendre que le soleil se couche sur l’eau entendre le courant, regarder les poissons sentir l’odeur de l’eau froide…. Je ne tiens pas de planning suit aucun programme cours et nage souvent sans repère sans montre, je marche aux sensations et au plaisir je pense qu’il est inutile de vouloir a tout pris suivre une programmation d’entrainement pris sur un magazine par exemple sans tenir compte de la motivation pour ma part me forcer à faire une séance si le gout n’est pas là c’est inutile.

Bien sûr il faut malgré tout tenir une rigueur sinon la performance est impossible. **

En Octobre 2018 avec ton ami Cyril Blanchard, tu as un terrible accident. Peux-tu nous raconter ?

Ah ce fameux jour…celui de mon anniversaire en plus !

Cyril le recordman du monde de l’épreuve enduroman (140 km de course pied -la traversée de la manche en nageant puis 290km à vélo) me propose un bon run de nuit vers le Bourget pour sa fin de prépa pour la diagonale des fous  par les montagnes et comme chacun de mes anniversaires depuis l’âge de 20 ans je me tape un kiff de ce genre j’accepte volontiers. On court 80km chacun un peu dans  notre bulle avec un moment de partage unique je lui sors à minuit un petit gâteau que j’avais préparé avec les bougies  nous courrons toute la nuit nous arrivons à ma voiture, une  petite pause café croissant… Je m’endors Cyril me laisse et je me réveille d’un coup au bout de 10mn  j’ai habitude de faire des micros siestes lets go !

Cyril annonce à ses proches que nous arriverons dans 1h30 il s’endort je lui dis que je vais bien je mets le régulateur à 130 le soleil tape je m’endors aussi …. Une première fois… Aie Je vais m’arrêter à la prochaine air d’autoroute…. 6km mais voilà je m’endors une deuxième fois…  nous roulons sur l’herbe sur le bord de l’autoroute ça me réveil je vois le ravin je freine en braquant et nous prenons le début de la barrière de sécurité c’est le drame j’hurle !! Cyril se réveil !

Nous volons, passons en dessus d’un arbre et feront 3 gros tonneaux  le choc est si violent je revois l’avant de ma voiture s’écraser je ne maitrise plus rien ! Puis elle s’arrête nous sommes en plein délire mais vivant il ne reste plus rien de la voiture juste nos 2 places je suis allongé sur lui. Les secours arriveront rapidement et mettront 45 mn avant de pouvoir nous sortir je suis évacué en hélico et Cyril par les pompiers dans un autre hôpital que le mien. Je ne serais que le lendemain si il est vivant ou non…

Opéré de toute urgence fracture cervicale C6 et C7 et compression moelle épinière ils ont mis 15 mn pour m’opérer sinon je risque d’être tétraplégique je regarde mes proches conscient que là, c’est la merde.Quelques jours après on me met un corset je n’accepte rien facilement. Des infirmières, me douches, me font manger…

C’est un miracle je remarche je monte les escaliers je passe d’un mois d’hôpital à 8 jours et de 3 mois de rééducation à un retour chez moi. Dans la souffrance je ne dors rien je suis aidé par ceux qui m’entourent sans leur aide je n’en serais pas là. Je me rétablis doucement. Les conséquences auraient pu être dramatique je n’ai percuté personne et Cyril est en vie.

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Aujourd’hui quels sont tes objectifs ?

Je suis un acharné je lâcherais rien au fond de moi je me vois refaire un 24h natation et en course à pied avec pour objectif 20 km et 100 km ce serait un miracle. Il est difficile de repartir à zéro. Ma dernière séance natation est de 1500m mais je ne baisserais jamais les bras.

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Ton secret, c’est ton mental ! As-tu des rituels pour forger un mental comme le tiens ?

Je ne suis pas doué physiquement comme je le dis toujours si j’étais fort je serais sur 100 m en natation et sur un 10 km à pied au chrono à bloc ! J’ai repoussé très loin mes limites  mentales quand le physique ne suivait plus sur des épreuves de 6 jours de course à pied ou 24 h natation et je sais avec l’expérience que ça revient toujours. Le mental sur ce type d’effort c’est 80%. Pour me le forger je m’enlève tout confort je cours souvent à jeun, de nuit ou par mauvais temps comme ça le jour J et quand tous les éléments sont au vert je me sens fort. Il m’arrive de m’entrainer en sortant du travail de nuit  pour repousser la fatigue mais toujours avec l’envie ! Et en natation je nage beaucoup à contre-courant sur place ou même dans un bassin de nage de 5m avec une turbine la mental est à rude épreuve !

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Comment prépares-tu une compétition de natation ou tu vas nager 48h ?

Je suis arrivé motivé avec un but précis nager pour la recherche contre la maladie de l’arthrose dont est atteint mon père pour récolter des fonds c’était difficile. Avec l’envie de créer une épreuve à mon gout qui me correspondait avec mes proches dans une piscine à la campagne avec ma ligne d’eau que je choisissais, mes horaires, ma date et tout un staff qui me suivait. A notre époque où il y a plein de règles et d’interdits je pouvais nager 48h dans un bassin ouvert pour moi sans être un champion c’est une chance non ?

Avec un bon coach Antoine Gilles , des bons partenaires ,c’était incroyable j’ai vécu 6 mois comme un sportif de haut niveau de l’accès à la piscine quand je souhaitais aux séances de Cryo pour la récup, du matériel à la pointe… Peu de temps avant mon record il a été fait par un bon nageur j’ai donc revu ma stratégie pour avoir une eau beaucoup plus chaude (31 degrés) un taux de chlore au plus bas et une ventilation remise en route constamment même la nuit par les techniciens et j’avais un kiné présent toute l’épreuve. Pleins de nageurs étaient présent pour me donner le rythme.

Ma stratégie : tout mettre sur le premier 24h. C’est beaucoup plus simple quand on a tous les éléments pour réussir je n’ai souffert de rien juste de la fatigue car n’étant pas une torpille je n’avais pas le choix de ne pas dormir jusqu’aux hallucinations je m’accordais juste des microsiestes.

Je n’avais rien à prouver aux autres et encore moins maintenant avec ce qu’il m’est arrivé…

Peut être la clef de ma réussite sur cette épreuve.

Un joli record plus de 100km tenir 2 jours à sentir le chlore et faire le poisson rouge, un partage immense !**

Tu as des cycles de sommeil de quelques minutes. Suis-tu un coaching spécifique ?

Oui je l’ai travaillé sur de nombreux 24 h de natation,  6 jours de course à pied et sur mon 48h de natation.

Le principe est simple j’attends de ne plus pouvoir tenir tellement épuisé je me couche n’importe où même sur le coté du parcours et des que je sens que je m’endors je me réveille d’un coup je mets quand même un réveil de sécurité de 30 mn sinon c’est sur si je me réveille 5h après les 24h sont plus simples !

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Peux-tu nous parler brièvement de la nutrition avant, pendant et après ce genre de course ?

Aie joker ! Je ne suis pas une référence je mange n’importe quoi.

Des amis m’ont même ramené du mc do sur des 24h à pied je suis antigels le jour d’un 24h de natation un journaliste curieux de voir ce que je mangeais voulait prendre en photo de mon alimentation il y avait des guimauves des bonbons une pizza et du saussiçon j’ai jamais vu la photo ihihih…

Après mon 48h mon coach est allé me chercher un keebab !

On change de question ?

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Tu sais que sur natation Facile, nous mettons également l’accent sur la préparation physique spécifique.

Qu’en est-il pour toi ?

Depuis l’accident je me rends compte des bienfaits d’une préparation physique faute de temps je négligeais tout ceci il n’est jamais trop tard ! **

Voici quelques questions de nos abonnés :

Se mettre au triathlon quand on nage comme une enclume c’est possible ?

Dans la vie tout est possible je pense que l’idéal est de nager en club une année pour apprendre au minimum les bases pour prendre un peu de plasir et ne pas sortir de l’eau trop entamé car même en étant bon rouleur et coureur…

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Fais-tu attention à ton alimentation au quotidien je poses quand même la question 🙂 ?

hum hum !

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Comment être à l’écoute de son corps mais arriver à se dépasser quand même ?

J’ai finis en béquille, en chaise roulante, sur civière, aux urgences la aussi l’accident va m’aider a voir le sport différemment et être plus à l’écoute de mon corps et de la fatigue.

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Questions traditionnelles chez Natation Facile.

Quel livre aimes tu offrir ?

Des bosses et des bulles de Mathieu Forichon

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Quel est ta citation préférée ?

La seule limite est celle que tu t’imposes (sur mon tatoo)

Où peut-on te retrouver et te contacter ?

Ou nous passons tous trop de temps !Merci Natation Facile pour cette interview. Sans être fort nous pouvons réaliser nos rêves avec de la volonté il faut être motivé et prendre plaisir. Même maintenant que je dois reprendre tout à zéro j’ai plein de rêves et toujours le sourire !

Et surtout ne prenez pas le volant après une épreuve si vous êtes fatigué nous ne sommes pas des machines… Sam celui qui nage pas ou ne court pas !

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